logo article ou rubrique
Message des évêques de la Cédoi : « Le mystère de la miséricorde manifesté dans le Messie crucifié »
Article mis en ligne le 5 septembre 2016

par Centre diocésain d’information

Du 24 août au 2 septembre, la Conférence épiscopale d’océan Indien (Cédoi) a tenu à l’île Maurice sa XXXe assemblée plénière. À l’issue de celle-ci, les évêques et vicaires apostoliques de l’Île Maurice, de l’Île de La Réunion, des Seychelles, de l’île Rodrigues et de l’Archipel des Comores ont publié un message : « Le mystère de la miséricorde manifesté dans le Messie crucifié ».

Chers frères et sœurs,

En cette Année de la Miséricorde, nous, les évêques des diocèses et vicariats apostoliques des îles de l’Océan Indien, nous sommes réunis du 24 août au 2 septembre en Assemblée Plénière au Séminaire Notre Dame de la Trinité, à Beau-Bassin, Ile Maurice.

À cette occasion, nous avons été témoins de la puissance agissante de la miséricorde de Dieu dans la vie de chrétiens de nos îles. L’histoire de ces personnes telle qu’elle nous était partagée fraternellement, nous a touchés et nous a montré comment Dieu se révèle à nous au creux de nos faiblesses et nos souffrances.

 Le mystère de la souffrance et du Mal

Les différentes situations de souffrance réellement vécues nous font penser au personnage de Job dans la Bible :

  • le décès successif de plusieurs proches
  • la perte de sa maison ou de son travail
  • la maladie grave
  • la misère
  • la violence exercée par autrui
  • l’angoisse, le doute, la solitude
  • l’alcoolisme aggravé
  • la prostitution
  • la drogue

Dans ces histoires, le Mal pourrait ainsi prendre des visages plus subtils par exemple en s’infiltrant dans des structures scolaires qui favorisent l’élitisme, pour écarter les pauvres ou handicapés.

Le Mal agit aussi en éloignant de l’Église et de ses sacrements afin d’enfermer la personne dans ses épreuves ou dans un esprit mondain. On croit que tout va bien et on ne se pose pas de questions. Ici, le visage du mal se déguise et prend le visage du bien-être.

D’autre part, le Mal n’empêche pas de se donner avec constance et générosité aux autres.
Mais la foi fait découvrir que l’amour de Dieu nous précède tous et que Dieu se soucie de « ses petits ». Le combat Le concerne Lui tout autant que nous.

 La miséricorde se manifeste à travers les relations humaines

L’action puissante de Dieu dans la misère des hommes peut prendre les visages suivants :

  • un prêtre qui in extremis détourne quelqu’un de la tentation de se suicider
  • le Secours Catholique qui relève une personne dont la maison a été détruite par une tornade
  • le choix éducatif d’une école catholique qui décide d’aider les élèves pauvres et d’accueillir ceux qui sont handicapés
  • une collaboration œcuménique entre ceux et celles qui arpentent de nuit la ville et offrent une aide à ceux qui sont dans la rue
  • un mouvement d’Église qui offre soutien, enseignement, prière et adoration

A la relecture des événements, avec du recul, est reconnue la main agissante du Seigneur et sa puissance de vie qui relève.

La prière soutient inlassablement, elle est une force pour résister aux cyclones de la vie. Elle cultive la confiance en Dieu et en soi pour continuer à lutter âprement. L’intercession des uns pour les autres porte ainsi du fruit dans une solidarité familiale.

La Parole de Dieu soutient indéfectiblement les personnes. Un couple est ainsi marqué dans sa préparation au mariage après de longues années de vie commune par la lettre de Paul aux Corinthiens : « L’amour est patient, il est plein de bonté, il ne commet pas le mal, il se réjouit de la vérité, il pardonne tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout. L’amour ne meurt jamais ». (1 Corinthiens 13) 

Le salut de Dieu peut aussi être plus discret et efficace à travers le sens inné de Dieu dans le cœur d’une personne dont la foi résiste mystérieusement aux flots ravageurs de la souffrance durant tant d’années. La miséricorde enlève également la haine qui s’était logée dans le cœur, guérit intérieurement pour mener vers la réconciliation.

La miséricorde se concrétise aussi par la solidarité sans publicité de certaines personnes qui n’hésitent pas à secourir telle famille en difficulté : ne pas faire payer un service, donner de la nourriture, désirer rester en lien avec des proches.

 Paradoxe

Un paradoxe nous a édifiés : Malgré la violence du mal et de l’épreuve, la foi persiste et se forge une patience exemplaire avant de voir surgir les fruits du salut : prier, espérer contre toute espérance, se dévouer avec courage, manifester une force capable de surmonter ce qui apparaîtrait comme une malédiction. Dans la dignité et l’amour. Ce paradoxe n’empêche pas la guérison car Dieu n’accepte pas la souffrance et agit de façon surprenante dans cette souffrance. Par exemple :

  • une personne malade devient le ciment de sa famille, la maladie ayant davantage soudé ses proches autour d’elle malgré la précarité engendrée. La colonne vertébrale endommagée, cette personne devient la « colonne de la case » 
  • une personne muette, âgée et grabataire redonne confiance à sa garde-malade emmurée dans la douleur de ses épreuves 
  • se donner aux autres sans faillir malgré l’alcoolisme et la maladie ambiants 

Le fond de ce paradoxe est la Croix : toutes ces épreuves unissent les personnes à la Passion du Christ et certaines vies incarnent ainsi l’Évangile même du Christ souffrant. Mais cette Croix douloureuse a été transformée en Croix glorieuse par la mort et la résurrection du Christ.

La miséricorde divine est manifestée sur la Croix, capable de réparer tout ce qui est cassé en chacun de nous. « Je suis avec vous » : voilà la puissance de sa miséricorde. « Dieu ne nous a jamais laissés tomber ! »

 Persévérer et vivre en apôtre du Christ

Toutes ces personnes ont découvert ou redécouvert que « Dieu m’aime comme je suis », que « le passé est passé et qu’il faut le dépasser ». Mais paradoxalement, le combat n’est pas fini pour autant. Il faut apprendre à sortir de soi-même, persévérer dans la foi pour continuer à croître avec les autres, en se mettant à leur service. C’est se donner comme le Christ au souffle de l’Esprit :

  • une personne aidée par le Secours catholique est devenue rapidement une bénévole active
  • l’alcool continue à toucher un homme : un de ses proches accepte d’apprendre à vivre avec lui et à l’aider
  • s’offrir aux autres dans la prière par un service d’intercession
  • créer des lieux d’écoute, de rencontre et de parole
  • aller et visiter les autres sur le terrain, les accompagner par sa présence
  • transformer nos institutions par des décisions courageuses
  • développer la miséricorde dans la famille

Même si un « happy end » n’advient pas, la conviction que Dieu est Amour aide à tracer les lignes à venir de son chemin. Nous sommes parfois dépassés, anéantis en vivant une épreuve. Il ne nous reste plus que la fragilité de la prière pour faire advenir la puissance de Dieu pour se rendre compte que sa puissance se déploie dans notre faiblesse.

Et la prière apprend aussi à découvrir la patience de Dieu qui a son temps qui n’est pas le nôtre.

La Croix n’est pas une fatalité. Elle devient espérance grâce au Christ ressuscité qui y manifeste la puissance de Dieu. Et tout disciple est appelé par Lui, avec Lui et en Lui à porter cette Croix glorieuse.

Telle est la Bonne Nouvelle qui nous est donnée en cette Année de la Miséricorde. Laissons-nous habiter par cette certitude que Dieu vient nous rejoindre en notre humanité pour nous donner de goûter à la joie d’être sauvé en Jésus-Christ.

S.E. Mgr Maurice E. Piat, Président de la Cédoi, évêque de Port-Louis, Île Maurice
S.E. Mgr Alain Harel, Vice-président de la Cédoi, vicaire apostolique, Saint-Gabriel, Rodrigues
S.E. Mgr Gilbert Aubry, évêque de Saint-Denis, Île de La Réunion
S.E. Mgr Charles Mahuza Yava, vicaire apostolique, Archipel des Comores
S.E. Mgr Denis Wiehe, évêque de Port-Victoria, Les Seychelles


puceContact puce RSS

2009-2020 © Diocèse de La Réunion - Tous droits réservés
Haut de page
Réalisé sous SPIP
Habillage ESCAL 4.3.3
Hébergeur : OVH