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L’Assomption de Marie, gage de notre résurrection

Le 15 août, à la messe d’ordination de Sébastien Mérion, Monseigneur Gilbert Aubry a prononcé une homélie que plusieurs personnes ont souhaité retrouver. En voici le texte intégral.

Article mis en ligne le 18 août 2022

par Centre diocésain d’information

Homélie pour la messe d’ordination presbytérale de Sébastien Mérion, le 15 août 2022 à Saint-Paul, incardiné dans la Congrégation des Pères du Saint-Esprit.

L’Assomption c’est le sommet de la vie de Marie, la mère de Jésus, la mère de l’Église et de l’Humanité. Et on ne parlerait pas de Marie si Jésus n’était pas ressuscité - vivant aujourd’hui. Nous n’aurions pas Jésus si Marie ne l’avait pas enfanté. Marie ne l’aurait pas enfanté si l’Esprit Saint ne l’avait pas prise sous son ombre pour que l’enfant soit conçu de la Paternité même de Dieu.

Dieu, de toute éternité, a voulu sauver l’Humanité en prenant chair de la chair de Marie. Le cœur de Marie a fait battre le cœur de Jésus physiquement de la vie même de sa mère. Ils étaient au cœur à cœur dans une communion profonde entre leurs personnes. Ils sont au cœur à cœur pour l’éternité.

Jésus, dans la gloire de sa résurrection et de son ascension, prend sa mère avec Lui. A la fm de sa vie terrestre, Marie est élevée à la gloire du ciel en son corps et en son âme, au sein même de Dieu. C’est cela l’Assomption : c’est aussi le gage de notre propre résurrection à chacun de nous, de notre transfiguration pour la plénitude de notre vie éternelle. Au jour de Dieu. À l’heure de l’heure de Dieu dans la résurrection des morts.

Jusqu’à ce moment-là, les disciples du Christ, nous les chrétiens, et toute l’humanité avec nous, nous avons un immense combat à mener, jour après jour, contre les puissances du Mal. A chaque veillée pascale, à chaque baptême, à chaque confirmation, la question nous est posée : « Renoncez-vous à Satan ? Renoncez-vous au Mal ? Renoncez-vous à tout ce qui conduit au Mal ? » Ce n’est pas une invention. Le Mal existe. Le Malin existe. D’ailleurs Jésus qui l’a affronté dans ses attaques nous a appris, nous apprend une seule prière : « Notre Père... délivre-nous du Mal ».

Ce n’est pas pour rien que l’Église, au jour de la fête de l’Assomption, nous fait méditer l’Apocalypse de saint Jean. Ce n’est pas pour nous faire peur ou nous annoncer la fm du monde. Ce n’est pas cela du tout. Depuis la résurrection de Jésus, c’est la fm d’un monde de péché, de mal et de mort... « à condition de souffrir avec Lui (Jésus) pour entrer dans la Gloire » (Rm 8, 17). Le Livre de l’Apocalypse est le livre du dévoilement, le livre de la révélation de la miséricorde et de la puissance de Dieu à l’œuvre pour rendre les disciples de Jésus, les chrétiens forts et victorieux, capables de vaincre le Mal. Mais pour vaincre l’ennemi, il faut le connaître et il faut vivre le traité d’alliance que Dieu fait avec l’humanité, par Jésus son Fils, avec l’aide de Marie qui elle-même a écrasé la tête de Satan.

R/ Gloire et louange à toi
Seigneur Jésus

 L’Église et Marie

Par conséquent, le texte de l’Apocalypse que nous avons entendu il y a un instant ne s’applique pas d’abord à la Vierge Marie mais à l’Église. La femme dont il s’agit, c’est l’Église. L’Église qui est déjà dans la Lumière de Dieu, revêtue de soleil et couronnée d’étoiles, c’est l’Église triomphante. Et c’est aussi l’Église de la terre, c’est nous qui sommes dans les douleurs de l’enfantement des cieux nouveaux et de la terre nouvelle. La terre est enceinte d’un monde nouveau qui se dévoilera avec le second avènement du Fils de l’Homme. Avec le retour glorieux de Jésus. Mais dans le déploiement du mystère du salut, voilà « le grand Dragon, rouge feu ». Voilà le Malin. Comme Paul VI disait : Le Malin est un être spirituel pervers et pervertisseur qui dispose d’un pouvoir énorme avec les ramifications du Mal. C’est dire l’intensité du combat spirituel que nous devons mener.

Maintenant, dans un deuxième temps, nous pouvons appliquer à Marie le passage de l’Apocalypse que nous avons considéré : Marie est l’arche de la nouvelle alliance par le Christ qu’elle a porté en elle_. Marie est la femme revêtue de soleil, couronnée d’étoiles, la lune sous ses pieds. Elle est le symbole de la création réconciliée avec Dieu. Elle a mis au monde le Verbe de Vie qui s’est fait chair de sa chair, en sa chair. Nous pouvons appliquer le texte de l’Apocalypse à Marie parce que ce qui est dit de l’Église est dit de Marie et ce qui est dit de Marie est dit de l’Église dans le mystère de Dieu. Marie résume en elle-même le mystère de l’Église et elle est la synthèse personnelle de sa longue histoire. Marie est fille d’Israël. Marie est fille de l’Humanité sur une trajectoire de plusieurs millénaires et qui se condense dans le temps et l’espace, dans sa vie à elle (cf. François Xavier Durwell). Les origines de Marie remontent au tout début de la création où Dieu le Père oriente, ordonne toute chose vers le Christ, « engendré, non pas créé, consubstantiel au Père » et par qui tout a été fait.

Dès le début donc, le Père oriente tout vers le Christ. L’Église parviendra à sa pleine dimension de gloire au jour de la résurrection finale. Et quand Jésus meurt sur la croix, il confie son Église à Marie « Femme voici ton fils ». Saint Jean nous représentait tous. Et Jésus nous dit à nous tous à travers saint Jean « Voici ta mère ». « Tout est accompli ».

Marie arrive, elle aussi, à la fin de sa vie terrestre. Mais elle sait alors qu’elle va retrouver son Fils et qu’elle remonte vers le Père dans l’Esprit Saint qui va la porter dans sa nuée comme lorsqu’Il est venu la « couvrir de son ombre ». Comment un tombeau aurait-il pu garder le corps de celle qui a donné corps à celui qui a vaincu la mort et a ouvert lui-même la porte du tombeau ? Ce n’est pas possible. Le cœur à cœur de Jésus et de Marie se prolonge à l’infini dans la résurrection de Jésus et l’assomption de Marie. Alors Marie est dans la joie. Encore plus que dans sa visitation à Elisabeth où son âme exalte le Seigneur et son esprit exulte de joie en Dieu son sauveur.

Les Évangiles ne nous parlent pas de l’Assomption de Marie, de son élévation au ciel, en son corps et en son âme. Mais dès le début de l’Eglise, il y a la certitude que le corps de Marie n’a pas connu la corruption. Il n’y a pas de tombeau de Marie... alors qu’il y a eu le tombeau de Jésus. On ne peut donc pas parler d’une résurrection de Marie. En Orient, on a parlé de la « dormition » de Marie, c’est-à-dire que la fin de la vie terrestre de Marie n’a pas été une mort comme celle que l’on connaît habituellement. Et puis, ensuite, en Occident, on a célébré la fête de l’Assomption de Marie le 15 août.

R/ Ave Marie (de Lourdes)

J’ai dit au début de mon homélie : l’Assomption c’est la promesse et le gage de notre propre résurrection, de notre transfiguration. Aujourd’hui, saint Paul, dans sa lère Lettre aux Corinthiens, nous dit « Le Christ est ressuscité d’entre les morts, Lui, premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis » (1 Co 15, 20-27a). « C’est dans le Christ que tous recevront la vie mais chacun à son rang : en premier le Christ et ensuite, lors du retour du Christ, ceux qui lui appartiennent. » Nous appartenons effectivement au Christ et nous sommes envoyés en mission depuis notre baptême. « Allez, proclamez la Bonne Nouvelle. De tous les peuples, faites des disciples, baptisez-les au nom .du Père et du Fils et du Saint-Esprit, apprenez-leur à garder tout ce que je vous ai enseigné et moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. » (Mth 28, 19-20)

 Nous centrer sur le Christ

Mais alors ; en Église et dans la Tradition des Apôtres, avec l’aide de Marie, de tous les saints et des anges, il faut toujours nous centrer sur le Christ. C’est-à-dire : nous rassembler, nous nourrir de la Parole et des sacrements, répartir les responsabilités dans l’Eglise selon les divers charismes et les ministères. C’est bien cela la mission des pasteurs, la mission de ceux qui sont ordonnés prêtres dans un peuple tout entier sacerdotal. La mission des prêtres, la mission du prêtre : découvrir qu’il est choisi par le Christ pour être avec le Christ. Non pas faire des cérémonies parce que c’est écrit sur l’agenda... encore qu’il faut honorer les rendez-vous fixés et commencer les liturgies à l’heure. Donc, être avec le Christ unique et souverain grand prêtre. Etre au cœur à cœur avec le Christ pour aimer avec son cœur à Lui, regarder avec ses yeux, écouter avec ses oreilles, être sa voix et sa présence auprès de ceux qui cherchent appui et réconfort. Etre accueillant et miséricordieux en étant totalement configurés au Christ. Être et agir en le laissant prendre toute la place en nous et n’exister que « in persona Christi » en tant que personne du Christ, dans la personne du Christ, surtout pour la célébration de l’eucharistie et du sacrement de réconciliation.

Qu’il est le grand le mystère d’amour de Dieu ! Il a voulu avoir besoin des hommes. Mystère des hommes ordonnés prêtres. Mystère du prêtre par qui le Christ continue sa mission de Rédempteur dans le souffle de l’Esprit sanctificateur qui unit dans un même temps et dans un même acte le Christ Lui-même, le prêtre qui célèbre le sacrement et le fidèle qui reçoit un sacrement : « Prenez et mangez en tous : ceci est mon corps livré pour vous. ( ..) Prenez et buvez en tous, car ceci est la coupe de mon sang (..) Vous ferez cela en mémoire de moi. » « Dans le ministère de l’Eglise, je te pardonne tes péchés ». Prêtres, qui sommes-nous ? Rien par nous-mêmes. Rien sans Lui. Rien en dehors de Lui. Qui sommes-nous ? D’autres Lui-même par Lui, avec Lui et en Lui pour rendre tout honneur et toute gloire au Père tout-puissant et miséricordieux pour les siècles des siècles. Quand le prêtre élève l’hostie consacrée, il la soulève de ses mains mais c’est le Christ Lui-même qui en cet instant le soulève avec toute l’Humanité, avec le fruit de la terre et du travail des horrmies au cœur de Dieu pour toute l’éternité.

Après la consécration du vin, le prêtre chante « sang du Christ versé pour nous ». Et toute l’assemblée reprend les mêmes paroles sur la même mélodie. Il est grand le mystère de la foi. Dans ce vin consacré, dans le calice, avec le sang du Christ, il y a tout le sang rouge de tous les hommes, de toutes les femmes du monde, avant nous et après nous. Il y a le sang des enfants, des jeunes qui souffrent et qui pleurent, des adultes qui suffoquent d’angoisse, de ceux qui s’aimaient et qui ont été séparés, de ceux qui ont été séparés et qui se recherchent encore, de ceux qui ne savent plus à quel saint se vouer et qui connaissent la tentation d’une issue fatale. Non ! Laisse-toi aimer par Jésus, le Christ. Ce ne sont pas les clous qui l’ont cloué sur la croix. C’est son amour pour toi, pour nous. C’est vraiment son amour pour son Père et pour nous qui l’ont conduit là et qui crucifie nos péchés sur le bois. Nos péchés, il les prend sur Lui pour que nous en soyons débarrassés.

Et le sang rouge du calice, c’est aussi le sang rouge de ton cœur renouvelé et capable de pardonner, de te réconcilier, de te réconcilier avec toi-même d’abord et avec les autres, avec un sourire revenu à travers les larmes, avec des yeux lavés pour contempler les étoiles en pleine nuit alors que tu aspires à la pleine lumière de ta vie. C’est le sang de ton cœur capable de s’émerveiller sur la beauté de la création avec notre planète dans notre univers au cœur de ce cosmos énigmatique et vertigineux. Et que le rire des enfants te console de toutes tes peines. « Vous êtes le corps du Christ, vous êtes le sang du Christ, vous êtes l’amour du Christ, alors qu’avez-vous de lui ? » Nous sommes le corps du Christ, nous sommes le sang du Christ, nous sommes l’amour du Christ, alors ? ... alors son amour pour nous ne passera jamais. À condition de nous soutenir les uns les autres dans notre maison commune où il y a place pour chacun et pour tous dans le projet d’amour de son Père pour nous. Pour nous tous. Que Jésus le Prince de la paix nous conduise à la plénitude de la paix par le chemin de sa croix.

R/ Vous êtes le corps du Christ,
vous êtes le sang du Christ,
vous êtes l’amour du Christ,
alors qu’avez-vous de lui ?

 Prêtre à la manière des Apôtres

Sébastien, dans quelques instants, ce sera ton heure d’être ordonné prêtre dans l’heure de Jésus pour toi. Sois vide de toi-même et laisse-toi remplir de l’Esprit-Saint pour être configuré au Christ prêtre et bon pasteur. L’Esprit-Saint et l’imposition des mains de l’évêque te feront prêtre de Jésus-Christ dans l’amour du Père pour tous les hommes. Et tous les prêtres ici présents t’imposeront les mains en communion avec l’évêque. Ce qui veut dire que tu seras ordonné prêtre à la manière des Apôtres pour la mission de l’Église universelle. Concrètement, en temps que prêtre spiritain, tu marcheras à la suite du Père Libermann, de Frédéric Levavasseur, d’Alexandre Monnet, du Père Paul Boiteau, du Père Pierre Berthou, du Père Clément Raimbault, des Pères Louis Rigolet, Bernard Réniers, Marius Philipona et Justin Hoareau qui ont travaillé au Chaudron et de tous les autres spiritains qui ont oeuvré dans le diocèse. Toi, un enfant du Chaudron, à partir de La Réunion, tu seras incardiné chez les Spiritains et tu partiras en mission là où ta congrégation va t’envoyer.

En tant qu’évêque, je suis heureux qu’un prêtre réunionnais puisse nous rappeler concrètement que l’Église à La Réunion doit s’ouvrir sur l’extérieur pour être vraiment catholique et savoir aussi accueillir des prêtres qui nous viennent d’ailleurs. L’ordination d’aujourd’hui nous dit aussi qu’un prêtre ne peut pas accomplir sa mission tout seul, coupé des autres. Chaque prêtre a besoin de tous les autres prêtres et tous les autres ont besoin de lui. Ce sera comme ça pour toi là où tu seras en mission.

Que cette ordination stimule aussi en nous, en nous tous, le souci d’éveiller les vocations et notamment les vocations à devenir prêtres et diacres, pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Prions pour les vocations. Toi qui as déjà commencé à cheminer, toi enfant, jeune, jeune homme ou homme en pleine maturité... laisse le Seigneur Jésus achever en toi ce qu’il a commencé. L’arbre portera du fruit en son temps. Patience, force du silence, intériorité, prière, contemplation service du prochain... alors là, tu es sur la bonne voie.

Sébastien, que Dieu te donne donc la lumière et la force de l’Esprit-Saint pour que tu puisses toujours marcher à la suite du Christ et rester fidèle aux engagements que tu vas prendre conformément à ce qui est exprimé dans le rituel de l’ordination.

R/ Dieu est Amour
Dieu est Lumière
Dieu Notre Père

Monseigneur Gilbert Aubry


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