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Fabien Schultz, le vitrail, sa plus belle prière
Article mis en ligne le 6 février 2010
dernière modification le 26 février 2010

par Evelyne Gigan

L’église Saint-Gabriel à La Montagne (Saint-Denis) est aux anges. Elle se refait une petite beauté et se pare actuellement de nouveaux vitraux. Rencontre avec Fabien Schultz, le peintre-verrier alsacien qui a réalisé ces œuvres.

Comment devient-on peintre-verrier ?

Mon métier, je l’ai appris à Paris. Mais avant cela, j’ai exercé quatre années comme étudiant à l’école des Beaux-Arts de Mulhouse. J’étais déjà peintre et dessinateur en y entrant, et j’y ai appris des techniques. J’ai passé quatre ans à l’école des métiers d’arts de Paris. J’y étais formé à l’art du vitrail de A à Z (maquettes, agrandissement, découpe des verres et pose des vitraux).

Pourquoi vous êtes-vous orienté vers les vitraux ?

Mon papa était organiste et maître de chapelle dans la très belle église de Burnhaupt-le-haut, une église reconstruite dans les années 1930, dans le style art déco. J’allais avec lui à la messe du matin et c’est ce qui m’a donné le goût et de l’orgue et des vitraux. Et j’ai pris la relève de mon papa en tant qu’organiste.

Vous êtes donc sensible à l’art sacré, qu’est-ce que cela apporte à votre foi ?

Cet art sacré, c’est les plus belles prières que je puisse exprimer. Quand j’aborde un sujet comme celui des anges et des archanges, c’est pour moi une découverte mais aussi une méditation. Il en est de même pour la musique sacrée que j’adule particulièrement, aussi bien les baroques, les classiques que les contemporains. À travers l’œuvre d’Alfred Manessier, qui a été un peintre abstrait de la liturgie, il y a quelque chose qui provoque en vous une réelle prière, quelque chose d’intérieur qui n’évoque pas forcément des choses à la vue, mais qui donne une impression tout à fait apaisante et spirituelle.

Et votre art à vous, il est figuratif ou abstrait ?

Il est les deux à la fois. Ici à Saint-Gabriel, mon art s’est décliné de façon classique parce qu’on est dans un édifice classique, les thèmes étaient demandés de cette manière-là pour le respect de l’architecture, car elle date du début du XXe siècle. Par contre lorsque j’ai fait les vitraux de l’église de Sainte-Clotilde, il y a vingt ans, j’ai laissé libre court à mon imagination et les vitraux étaient plus abstraits.

Vous vous intéressiez déjà aux anges avant de faire ce travail ?

J’avais ceux de Fra Angelico et ceux des églises baroques en tête.

Le père Bernard Grosheny vous a demandé de représenter des anges, comment vous êtes-vous documenté à leur sujet ?

Avant d’aborder ce sujet, j’ai feuilleté la Bible. Cela m’a donné des références bibliques qui correspondaient aux événements des imageries qui figurent maintenant sur ces vitraux. Cela m’a permis de me ressourcer pour représenter les anges, les archanges et les anges gardiens comme le souhaitait la communauté paroissiale. Le père Bernard m’a demandé de préciser en légende la référence biblique utilisée pour chaque vitrail.

C’est donc une invitation à redécouvrir les anges ?

Exactement. C’est un merveilleux programme qui m’a été confié de travailler sur les anges et les archanges et j’ai trouvé ça sympathique et extraordinaire de les représenter.

Mais n’y a-t-il que les anges ?

Non, il y a aussi Jean Paul II qui est venu à La Réunion en 1989 et Saint Bernard qui fait le lien avec la paroisse voisine, ce vitrail se trouve à l’entrée de l’église. Et puis, dans le chœur, il y a Jean et Marie qui encadrent la croix.

Quel est le vitrail que vous avez préféré réaliser ?

Difficile question. Il y en a plusieurs. Mais je pense que La tombe est vide, ça m’a touché. Je n’ai jamais été aussi attentif à ce passage de la Bible. Pour moi, ce vitrail représente Pâques sans qu’on voie le Christ ressuscité.

Le matériel que vous utilisez pour les vitraux doit être coûteux, comment faites-vous face à la crise ?

Il y a énormément de choses à penser. Il faut prévoir un certain style selon l’endroit, il faut se mettre d’accord avec les partenaires et ça engendre beaucoup de travail. C’est vrai qu’avec la crise, les gens ne sont plus tellement friands de vitraux car il leur manque les moyens. J’ai la chance d’habiter en Alsace. Dans ma région, on aime bien avoir du vitrail chez soi, du vitrail fait avec les mêmes techniques, mais les thèmes sont civils. Il est de plus en plus rare de créer des vitraux pour les églises. Il m’arrive d’en restaurer. Mais ma clientèle, ce sont surtout des particuliers, qui veulent un demi-mètre carré ou un médaillon à offrir, sauf qu’au lieu d’avoir des anges, on a des paysages, des natures mortes, des armoiries de famille.

La paroisse Saint-Gabriel vous a commandé 40 mètres carrés de vitraux, ça fait combien en euros ?

Rien que l’achat du matériel, il y a pour 10 000 euros, pour la réalisation des vitraux vous ajoutez 70 000 euros. Et je ne compte pas les travaux qui ont dû être réalisés autour.

Vous étiez venus voir l’église pour décider de ce que vous alliez faire. Combien de temps cela vous a-t-il pris et combien de temps reste-t-il pour finir les travaux ?

J’étais venu sur place, il y a un an et demi, j’ai passé quelques jours pour voir et entendre les gens et leurs desirata et voir aussi le soleil. Et puis de discuter technique avec le serrurier. Et ce qui me fait plaisir, c’est qu’on ait trouvé deux entreprises de la Montagne pour faire les travaux.

Chez moi en atelier, c’était sept mois de travail pour près de 7000 pièces de verres qui constituent l’ensemble des vitraux. Il y a eu cinq à six semaines de transport par bateau des vitraux, on les a déballés jeudi et là nous sommes prêts à poser. Une équipe de bénévoles va d’ailleurs me donner un coup de main pour le faire. D’ici deux semaines voire trois ce sera fini.

Vous n’aurez pas le temps de visiter l’île ?

Comme je l’ai dit à mon épouse, je suis venu ici pour travailler. Quand j’étais venu pour Sainte-Clotilde, j’avais pu profiter. J’étais allé à Cilaos, Mafate, la Plaine des Cafres. Mais je pense avoir deux ou trois jours de libres à la fin de mon séjour et j’aimerais bien voir la Fournaise.


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