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Dr Mustafa Ali : « Dans la mesure où nous sommes vrais avec notre religion, il ne devrait plus y avoir de guerre »
Article mis en ligne le 28 septembre 2011

par Evelyne Gigan

Invité par le Groupe de dialogue interreligieux de La Réunion (GDIR) à l’occasion de la Journée de la Fraternité, le Dr Mustafa Y. Ali secrétaire général de l’African Council of Religious Leaders (le Conseil africain des responsables religieux) et représentant pour l’Afrique de la Conférence mondiale des religions pour la paix ouvre une fenêtre sur le travail que les structures interreligieuses mènent en Afrique.

[rouge]Vous êtes Secrétaire général de l’Africain Council of Religious Leaders (ACRL). Qu’est-ce que l’ACRL ?[prune][/rouge]

C’est une organisation interreligieuse, qui rassemble les responsables religieux à travers l’Afrique, afin qu’ils travaillent à résoudre conflits, à construire la paix et à façonner une société plus harmonieuse. L’ACRL est basé à Nairobi (Kénya).

[rouge]Quel rôle joue ce Conseil en Afrique ?[/rouge]

Le Conseil a un rôle décisif. Il intervient dans des situations de crise dans de nombreuses régions d’Afrique. Il est sollicité dans des zones touchées par les conflits. Il est capable d’intervenir et de rassembler à une table de négociation ces groupes qui se battent. Son autre rôle est de mobiliser les autres chefs religieux à travailler pour des actions communes entre Chrétiens et Musulmans vivant en Afrique. Le Conseil a travaillé et continue à travailler en Somalie pour réconcilier les factions en guerre. Ils collaborent avec les anciens et les chefs religieux pour trouver les moyens de mettre un terme à la guerre en Somalie. Nous intervenons au Soudan, au Burundi, au Rwanda, dans la République démocratique du Congo. Et nous avons aussi travaillé en Sierra Leone et au Libéria, quand ces pays étaient en guerre.

[rouge]La religion est un motif de guerre, n’est-il pas paradoxal que des chefs religieux se battent contre elle ?[/rouge]

En fait, les gens ou les groupes se battent pour des ressources et pour le pouvoir. Ils détournent ensuite la religion à leur compte pour obtenir tout ce qu’ils veulent. C’est pour cela que nous demandons aux chefs religieux d’empêcher le détournement de la religion par quiconque voudrait le faire : des politiques sans scrupules, des gens qui s’autoproclament responsables religieux et qui utilisent la religion pour mobiliser des jeunes à la guerre.

C’est pour cela que nous avons demandé aux chefs religieux de faire comprendre aux gens que ce n’est pas pour la religion que les gens se battent dans les guerres, mais que la religion est une façon pour les politiques de mener leur propre guerre.

En Somalie, c’est une quête de pouvoir politique et des groupes comme Al-Shabab et bien d’autres utilisent l’islam pour avoir un pouvoir politique en utilisant les nouvelles générations, les jeunes pour aller à la guerre et c’est pour cela que nous avons demandé et que nous demandons aux responsables religieux de Somalie de s’engager auprès des jeunes, auprès des factions pour arrêter l’utilisation de la religion à des fins politiques.

[rouge]Est-ce que les chefs religieux ont assez de pouvoir pour faire passer ce message à la population ?[/rouge]

Ils l’ont. En Afrique, les chefs religieux sont des personnes puissantes et on leur fait confiance. Et voilà pourquoi, ils peuvent utiliser leur position pour engager les politiques, les officiels de l’État et du gouvernement et surtout
ils arrivent à convaincre les plus jeunes, à qui on fait prendre les armes, de ne pas le faire. Nous devons donc les aider à développer leurs capacités et les équiper suffisamment pour qu’ils puissent répondre aux crises et les amener à penser qu’ils peuvent travailler ensemble dans certaines situations.

[rouge]Pour faire comprendre aux gens qu’ils sont manipulés, il faut tout d’abord les éduquer, est-ce que les chefs religieux aident à la construction d’écoles, par exemple ?[/rouge]

Beaucoup d’écoles en Afrique ont été mises en place par des institutions religieuses, des chefs religieux, des communautés de foi et nous encourageons les chefs religieux à utiliser ces endroits et d’autres pour éduquer les jeunes à se comprendre et se respecter entre eux, qu’ils soient musulmans, chrétiens ou d’une autre religion. Voilà la base sur laquelle communautés en paix doivent se fonder.

Si les chrétiens comprenaient les musulmans et si les musulmans comprenaient les chrétiens, ils ne se battraient pas, ils réaliseraient ces choses qu’ils ont en commun. Si les musulmans comprenaient les juifs et si les juifs comprenaient les musulmans, ils seraient amenés à se respecter et ils n’y auraient plus de conflits entre eux, ils ne pourraient plus se battre les uns les autres. Voilà pourquoi l’éducation est essentielle dans ce domaine.

[rouge]Comment rendre possible la compréhension de la religion de chacun ?[/rouge]

Nous le faisons déjà, il y a de nombreux programmes sur lesquels des musulmans et des chrétiens travaillent ensemble. Il y a en Afrique, l’African religious youth network (le réseau de la jeunesse religieuse africaine). C’est une plateforme où les jeunes croyants sont engagés, travaillent ensemble, apprennent à se respecter entre eux. Ils suivent des ateliers à l’échelle nationale, ils ont aussi une réunion annuelle nationale. Et au niveau de toute l’Afrique, les dirigeants se retrouvent tous les ans pour aller vers les jeunes et les éduquer à propos des dangers qu’engendrent les idées extrémistes.

[rouge]Dans l’une de vos publicités, vous dites que la paix est possible pourtant il y a toujours eu des guerres...[/rouge]

Nous le pensons vraiment. La plupart des guerres qui ont été menées au XXe siècle étaient basées sur du politique. Il y a eu des guerres de religions, mais les guerres qui ont fait le plus de morts, les guerres les plus terribles, c’étaient avant tout des guerres politiques.

C’est pourquoi si nous prenons en compte les religions qui nous demandent de nous respecter les uns les autres, qui me demandent de te respecter, qui te demandent de me respecter, qui me demandent et me commandent de te souhaiter ce que je me souhaite à moi-même et qui te demandent de me souhaiter ce que tu te souhaites à toi-même, alors nous n’allons pas nous battre. Nous ne nous souhaiterons pas du mal dans la mesure où nous ne nous souhaitons pas du mal à nous-même. Et dans la mesure où nous sommes vrais avec notre religion, il ne devrait plus y avoir de guerres.

Nous ne voyons pas nécessairement la paix comme une simple absence de guerre, non cela va plus loin. La paix que nous cherchons, ce serait qu’il n’y ait plus de pauvreté, que l’on arrive à prévenir les maladies et à les guérir, afin que les gens puissent vivre une vie paisible. Nous pensons que les communautés religieuses et que les communautés de foi peuvent travailler ensemble pour assurer que l’on puisse vivre dans une société harmonieuse et paisible.

[rouge]Mais nous sommes différents les uns des autres et ce sont ces différences qui nous font voir l es autres comme une menace pour nous, comment faire pour ne pas penser ainsi ?[/rouge]

Dans la Bible, le Coran, la Torah, Dieu nous dit qu’il nous a créés afin que nous soyons différents les uns des autres, la couleur de la peau, les langues que nous parlons. Mais nous sommes tous des être humains, nous sommes tous les mêmes et c’est pour cela que nous ne devrions pas nous craindre les uns les autres. Nous devons surtout apprendre à nous connaître les uns les autres. Et puis, quand nous nous comprendrons les uns les autres, nous nous respecterons et quand nous nous respecterons, nous comprendrons que nous ne sommes pas des menaces les uns pour les autres et nous travaillerons ensemble pour un monde plus paisible.

[rouge]Ici à La Réunion, nous vivons en paix, mais la paix est fragile, comment faire pour la protéger ?[/rouge]

Je pense qu’il n’est pas difficile de protéger la paix. Tout d’abord, il est important que tout le monde ici à La Réunion et surtout les nouvelles générations aient accès à l’éducation, l’emploi, qu’elles soient bien traitées, qu’il n’y ait pas de discriminations, qu’il y ait de bons dirigeants, que la démocratie et le respect soient de mise pour tous à travers tous les âges. Voilà le point de départ pour maintenir la paix.

Deuxièmement il est important que les différences religieuses qui existent ici, ne soient pas manipulées par des forces extérieures, qui pourraient faire croire à certaines personnes qu’elles subissent des discriminations. Cela arrive quand des gens se retirent de leur communauté et qu’ils se coupent d’elles. Cela marque le début d’un conflit. Pour protéger la paix à La Réunion, il est important que tous les segments de la société s’engagent en ce sens, qu’ils se sentent concernés et qu’ils se parlent entre eux.

[rouge]Vous avez dit qu’il est moins difficile de maintenir la paix que de stopper une guerre ?[/rouge]

Une fois qu’une guerre a commencé, ce sont toutes les relations qui sont rompues, détruites. Il est plus facile de bâtir des amitiés, de s’engager pour la paix. Une fois que la guerre a débuté, il est absolument difficile de l’arrêter et de restaurer les relations qu’elle a détruite.

[rouge]Pourquoi avez-vous été invité ici ?[/rouge]

J’ai rencontré Mgr Gilbert Aubry et Idriss Issop-Banian à Maurice quand nous avons lancé le Symposium interreligieux des îles l’océan Indien. Voilà pourquoi j’ai été invité ici pour aider à consolider le réseau interreligieux. Deuxièmement je suis aussi venu faire signer au Groupe de dialogue interreligieux une adhésion à la Conférence mondiale des religions pour la paix.

[rouge]Pensez-vous qu’il soit important que le Groupe de dialogue interreligieux de La Réunion soit affiliée à Religions pour la paix ?[/rouge]

Oui je pense qu’il est crucial que le Groupe de dialogue interreligieux soit affilié à Religions pour la Paix, dont le quartier général est à New York. Tous les cinq ans, nous tenons une assemblée où les responsables religieux des conseils et des groupes interreligieux autour du monde se rencontrent pour élire leur responsable pour s’engager et contribuer aux priorités que s’est fixée la Conférence des religions pour la paix, que ce soit concernant la résolution des conflits ou encore la consolidation de la paix mondiale. Et nous croyons que les responsables religieux de La Réunion peuvent s’engager et contribuer à la paix dans le monde et à la paix dans les pays de l’océan Indien.


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