Arast : quand dans l’inhumanité, l’inattendu apparaît
Article mis en ligne le 8 janvier 2012

par Françoise Adam de Villiers

Impressionnant, comme dans une situation inhumaine peuvent se révéler de grands moments d’humanité.

Inhumaine, la situation que connaissent actuellement les anciens salariés de l’Arast.

Ce n’est pas, comme ont mal compris certains, qu’ils tendent la main en disant « donne à nous un travail », ce que d’ailleurs n’importe qui pourrait être amené à faire dans la même situation.

C’est avant tout que depuis deux ans ils sont bafoués, trahis dans leurs droits les plus normaux : un salarié licencié a droit à des indemnités de licenciement, c’est écrit dans le Code du travail, d’autres se sont battus pour cela. C’est une compensation qui lui est d’autant plus due que pour y avoir droit, il a cotisé (et son employeur aussi) pendant tout son temps de travail, renonçant à une partie de son salaire pour obtenir cette garantie. Si bien que ne pas la lui donner, c’est littéralement le voler.

Mais qui est le voleur ? Personne et tout le monde, aurait-on envie de répondre.

Personne, parce qu’il est légitime pour les deux structures concernées par le paiement de ces indemnités, de contester si elles l’estiment nécessaire. C’est le jeu normal de la loi.

Mais tout le monde, car la loi est faite pour permettre une cohésion sociale, pas pour barrer la vie. Et l’on peut considérer que si des gens ont été assez intelligents pour inventer des lois qui fonctionnent, ils peuvent aussi faire montre d’intelligence pour constater que parfois, elles vont à l’encontre de leur objectif, et décider alors de les renégocier autrement.

Probablement, ces anciens salariés finiront pas les toucher, ces fichues indemnités. Un jour. Dans X mois ou X années. Si l’affaire n’est pas enterrée d’ici là. S’ils n’ont pas renoncé à se battre, par lassitude, parce qu’il vient un moment où si l’on veut continuer à vivre, il vaut mieux renoncer. Sauf que ce genre de renoncement laisse des traces amères, et cela non plus n’est pas sans conséquence sur toute la société.

Et dans cette inhumanité, tout à coup, l’inattendu apparaît. Quand d’autres, qui ne sont pas directement concernés, se mettent à penser que cela les concerne quand même, au nom des valeurs auxquelles ils croient. Quand ils disent un mot, font un pas pour bien le marquer. Ce qui peut les entraîner très loin, jusqu’à une grève de la faim. Jusqu’à subir des incompréhensions et des insultes. Lundi, vingt jours pour les premiers grévistes de la faim : on rentre en phase critique. Mais même les autres n’en sortiront pas indemnes.
Alors, tout cela devrait être très triste. Sinistre. Et si sur le fond c’est bien le cas, il se vit pourtant quelque chose d’heureux, au campement de l’Arast. Quelque chose de salutaire. Parce que entre ceux qui sont là, entre ceux qui passent et qui parfois restent un peu, c’est le meilleur de l’être humain qui s’exprime.


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