Produire et consommer... gratuitement !

vendredi 3 mai 2013
par  Séverine Gourville

Tout droit venu de Grande-Bretagne, plus précisément de Todmorden, ville ouvrière du nord de l’Angleterre, le mouvement « Incredible Edible » débarque en France. L’idée : s’échanger des produits que l’on cultive soi-même en installant dans son jardin des bacs de « food to share » -comprenez « nourriture à partager ».

A Todmorden, ce sont deux travailleuses sociales au chômage qui ont impulsé le mouvement. Des centaines de bacs sont installés devant les habitations, la caserne de pompier, l’école, le commissariat, l’hôpital... Chacun approvisionne les bacs avec ce qu’il produit et tous peuvent disposer gratuitement de produits locaux.

La finalité n’est pas tant de nourrir gratuitement les 15 000 habitants de cette petite ville anglaise que de susciter un changement de regard et d’attitude sur les modes de consommation. « Chacun agit différemment dans son quotidien par la conscience qu’on est co-responsable et donc co-créateur de l’ensemble du système, de l’ensemble de la communauté locale. Il y a par conséquent un désir de plus en plus fort d’aider l’autre, car en aidant l’autre, on renforce toute la communauté, et donc soi-même. » C’est qu’explique le site internet d’Incroyables Cosmetibles, dont l’objectif est de promouvoir en France ce mouvement écologique et solidaire venu d’outre-Manche.

Importée dans l’Hexagone par François Rouillay qui en est le coordonnateur national, le concept vise à promouvoir l’autosuffisance alimentaire en instaurant un cercle vertueux au sein des communautés locales. Le 28 avril 2012, François Rouillay installe devant sa maison, à Colroy-la-Roche (Bas-Rhin), un village de 478 habitants, le premier bac de nourriture à partager avec des palettes de supermarché. Il y plante poireaux, courges, tomates, fraises et même des plantes aromatiques. Ses voisins suivent son initiative. Relayé par les réseaux sociaux qui participent à son essor, le mouvement « Incroyables Cosmetibles » est lancé dans l’Hexagone.

A La Réunion, en attendant les bacs de « nourriture à partager », ce sont les jardins collectifs qui ont fait leur apparition ces dernières années. En 2010, les familles modestes de Bras-Creux et de la Zac Paul Bradé ont ainsi bénéficié de parcelles de terres mises à leur disposition par le centre communal d’action sociale du Tampon,. Les habitants y cultivent haricots, carottes, laitues, brèdes et autres tomates arbustes.

Du côté de Saint-Denis à Bellepierre, des jardins familiaux ont été entièrement réalisés par les habitants du quartier sous forme de chantiers d’insertion financés par la SIDR et le conseil général. Depuis 35 familles en logement social bénéficient d’une parcelle de terrain de 20 à 30 mètres carrés pour y cultiver leurs fruits et légumes. Dans l’Est, c’est à La Rivière du Mât, à l’initiative de l’Association culturelle d’éducation et d’insertion basée à Saint-André que les premiers jardins familiaux ont été crées en janvier 2012.

Pour l’anecdote, notez que les jardins collectifs sont la résurgence des jardins ouvriers, créés au XIXe siècle à l’initiative de deux curés français : l’Abbé Gruel et l’Abbé Lémire. Profondément marqué par le 1er mai 1891 où suite à l’intervention de l’infanterie lors d’une manifestation de travailleurs, on dénombra neuf morts, l’Abbé Lemire déclare dans sa déclaration de foi de député, datée du 10 avril 1893 : « Ce que je veux, c’est que pour tout ouvrier, la maison de famille et le jardinet qu’il a acquis par son travail, soient insaisissables, exempts d’impôt et de frais de succession. ». Trois ans plus tard, le 27 juin 1897, la Ligue Française du Coin de Terre et du Foyer voit le jour. Celle-ci est à l’origine des premiers jardins ouvriers en France.

Pour aller plus loin :

http://www.incredible-edible.info/

http://www.lavie.fr/actualite/ecologie/francois-rouillay-l-autosuffisance-alimentaire-est-en-marche-26-04-2013-39636_8.php

http://www.jardins-familiaux.asso.fr/


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