La pauvreté à la Réunion : une triste réalité !

mardi 15 octobre 2013
par  Sonia Delecourt

Le 17 octobre, ATD Quart Monde célèbrera la Journée mondiale du refus de la misère sur le parvis des Droits de l’homme à Saint-Denis (voir le programme)

En 2013, 343 000 Réunionnais vivent en dessous du seuil de pauvreté avec moins de 935 € par mois. Une pauvreté alimentaire, sociale, mais également intellectuelle, car beaucoup, ne sachant ni lire, ni écrire, on du mal à avoir l’accès à leurs droits.

Des familles entières vivent dans des situations précaires et connaissent la pauvreté au quotidien. Pour les rencontrer, des membres d’ATD Quart monde qui œuvrent quotidiennement auprès des plus démunis, m’ont servi de guide.

Marie, la précarité au quotidien

C’est ainsi que j’ai rencontré Marie, une Saint-Andréenne dont le mari est aujourd’hui handicapé qui a accepté de se livrer et de parler de son quotidien, devenu aujourd’hui inacceptable.

C’est en bordure d’une décharge sauvage, face à une case qui a pour toute clôture quelques feuilles de tôles que Marie, habillée comme pour aller à la messe m’accueille avec un large sourire. Cette femme de soixante ans a beau vivre avec 280 € par mois, elle a sa fierté et en aucun cas ne montre sa détresse.

Marie ouvre la porte de sa modeste case en bois sous tôle. Par terre, le lino craquelé est posé à même le béton brut, des fils électriques pendent du plafond et le bois de la cloison est complètement défoncé.

La femme de 60 ans me fait faire le tour du propriétaire. Je m’avance et vois le jour à travers la porte du fond. Il s’agit en fait d’une porte faite de planches de palettes en bois que le propriétaire de Marie a récupéré sur la décharge en face de la maison. La salle de bains laisse passer à travers le toit la lumière et le vent et le chauffe-eau éclectique me fait craindre le pire. Les toilettes, récupérées dans une maison en démolition et la cuisine ne valent pas mieux que le reste de la maison. Le toit laisse passer l’eau de pluie qui souvent remonte aussi par le plancher. « Je ne peux pas mettre d’appareils électriques ici, même pas une machine à laver, ça serait trop dangereux ». Dans cette maison insalubre, les rats et cafards ont fait leur terrain de jeux.

Un bien triste état des lieux...Et pourtant c’est ça aussi la pauvreté. Ne pas avoir ni le choix, ni les moyens d’avoir de meilleures conditions de vie. Ce taudis, Marie le loue pour 500 € par mois depuis quatre ans. À soixante ans, celle qui a travaillé toute sa vie aspire à une vie meilleure : « Je vendais des bouchons, mais depuis quelques années, ça marche beaucoup moins. La maladie de mon mari qui me donnait un coup de main, n’a pas arrangé les choses. Je suis seule et ne peut plus faire face. Il y a trop de travail à faire. Aujourd’hui je ne vis plus que du RSA. 918 € par mois pour un couple. Là-dessus, quand on enlève le loyer de 500 €, l’électricité et l’eau qui s’élèvent à 120 €, il nous reste 280 € pour vivre à deux. »

À ses enfants qui vivent en métropole, Marie ne parle pas de sa situation, et ne compte que sur l’aide de sa famille proche. « Aujourd’hui, on ne prend que le nécessaire, et souvent, on est obligé de se priver. Mais même en faisant attention, on n’arrive pas à boucler les fins de mois. Parfois, quand les membres de la famille passent et voient qu’il nous manque des choses et nous apportent de quoi manger. Je suis souvent obligée de leur emprunter de l’argent que je leur rembourse quand je peux. La mairie donne des colis alimentaires et donne des bons pour payer l’EDF, mais ça met beaucoup de temps à arriver. On a passé notre dernier Noël sans électricité parce que EDF nous l’avait coupé. Heureusement qu’une voisine nous a dépanné en nous lançant une rallonge pour le frigidaire. Aujourd’hui, je préfère ne pas manger pour pouvoir payer mes factures. Je ne sors plus de chez moi, sans argent, on ne peut rien faire. »

Après avoir déposé des dossiers pour un logement social, Marie attend dans les mois à venir une réponse favorable de la Mairie. Elle espère ainsi sortir de cette spirale infernale et retrouver une vie normale.

1956 : le père Wresinski rejoint des sans-logis

C’est pour aider Marie, et tous les gens qui vivent dans une situation précaire qu’ATD poursuit son combat. Une lutte qui a commencé en 1956, date à laquelle le Père Joseph Wresinski avait rejoint un camp de sans-logis composé de 252 familles, à Noisy-le-Grand. Choqué, il créera « Aide à Toute Détresse » (ATD). Une association qui se développera jusqu’à être présente dans une trentaine de pays. En 1979, après une rencontre entre le fondateur du mouvement, Mgr Gilbert Aubry, et le curé de Sans soucis, ATD Quart Monde voit le jour à la Réunion. « La mission d’ATD Quart Monde est d’éradiquer la misère, explique Georges Faubourg, président de la Délégation Réunion d’ATD Quart Monde, en redonnant leur dignité aux gens. Pour cela, nous sommes présents dans de nombreuses instances telles que l’Unesco. Notre mouvement est composé de militants, qui sont des référents dans les quartiers. Ces militants sont souvent des familles défavorisées qui nous amènent vers d’autres familles. Ils sont une cinquantaine à la Réunion et sont connus dans leur quartier. Dès que quelqu’un a un problème de logement, de facture d’électricité, ou qu’il n’arrive plus à nourrir sa famille, il contacte un militant. On intervient en les écoutants, en les accompagnants vers des structures adaptés et en créant des liens d’amitié. Parfois les gens ne recherchent pas à manger, ils veulent simplement être reconnus comme personne humaine. Notre mouvement est aussi composé d’une cinquantaine d’alliés. Ce sont des personnes insérées dans la société, qui donnent de leur temps et de leur savoir pour faire avancer la cause. »

D’autres actions à La Réunion

La délégation Réunion d’ATD Quart Monde mène également des actions dans les quartiers. La bibliothèque de rue, qui consiste à aller à la rencontre des enfants qui n’ont pas accès à la culture, est l’une des missions spécifiques du mouvement. « On a également une activité qui s’appelle vacances en familles qui permet aux familles militantes accueillir des familles en difficulté qui ont besoin de respirer, poursuit Georges Faubourg. L’atelier « accès au droits fondamentaux », composé d’un groupe de travail, accompagne les familles dans l’acquisition et le respect de leurs droits et qui les initie à avoir une formation et une réflexion sur les sujets de société. Nous organisons également deux journées familiales par an, ou les familles défavorisées se rencontrent autour d’atelier et échangent. »

Chaque 17 octobre, ATD Quart Monde organise la Journée mondiale du refus de la misère portée. Une journée pour rendre hommage aux victimes « de la violence et de l’ignorance » qui se déroulera cette année à Champ Fleuri, à l’endroit même où la première réplique de la dalle en l’honneur des victimes de la misère a été inaugurée en 1989.

« Le but de la journée ou les familles défavorisés sont au centre des préoccupations est de montrer ce qu’elles savent faire, poursuit le président. C’est aussi pour tout un chacun l’occasion de donner son avis et de discuter avec ceux qui sont en situation de précarité. »

Actuellement, ATD Quart Monde Réunion se compose d’une centaine de membres cotisants, d’environ 200 sympathisants et accompagne près de 500 familles.

À lire : le dossier du mensuel « Église à La Réunion », numéro d’octobre 2013, en vente dans les paroisses et les librairies de l’Arod.


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L'insalubrité, l'autre visage de la misère Marie et son époux handicapé vivent avec 280 € (...)

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