Jeux des Îles

vendredi 31 juillet 2015
par  Mgr Gilbert Aubry

L’ouverture des Jeux des Îles 2015 inspire à Mgr Gilbert Aubry quelques réflexions et lui rappelle le souvenir des tout premiers Jeux, à l’occasion desquels il avait composé un poème...

Une dénomination pareille « Jeux des Îles » peut faire « exotique » vue de Paris ou des instances s’inscrivant dans le cadre de la République française. Laissons la question du drapeau réunionnais de côté pour l’instant. Et pourtant, ici, nous ne pouvons pas être Français si nous n’existons pas en Réunionnais. Ce serait un non-sens culturel. Aurions-nous honte d’être réunionnais en étant français à notre manière ? L’être humain a toujours un enracinement dans un pays concret tout en étant ouvert à l’universel. L’universel commence en chacun de nous dans notre environnement local puis international régional, ici, en Indianocéanie. Nos relations entre nos îles sont, certes, régies par la politique propre à chacun de nos pays et par les accords ou les partenariats déterminés en commun. Mais là n’est pas l’essentiel qui franchit les frontières et rapproche les humains que nous sommes, des familles, des hommes d’affaires, des sportifs.

Sportif, chacun de nous l’est à sa manière. Respirer, marcher, courir, faire équipe, se dépasser, repousser les limites et gagner avec les autres. Même si nous perdons. Il nous faut gagner. Quoi ? Cette fierté collective d’avoir vécu ensemble un moment unique qui symbolise l’effort quotidien pour nous rapprocher les uns des autres, pour rapprocher nos peuples, nos îles, en un seul ensemble respectueux de nos diversités existentielles. Je me souviens de l’ouverture des premiers Jeux des Îles, dans la tribune officielle du stade olympique Paul-Julius-Bénard de l’Étang Saint-Paul.

Le comité organisateur des Jeux m’avait demandé de composer un texte pour accompagner le défilé des différentes délégations. Je l’avais écrit sous la forme d’un poème pour lequel Jacqueline Farreyrol avait réalisé une illustration musicale avec la complicité de François Rauber, lui-même orchestrateur des chansons de Jacques Brel. Tout était enregistré et mixé sur une bande magnétique. Cela avait de l’allure et avait bien commencé, la composition poético-musicale et le défilé. Patatras ! Une avarie de magnétophone de la régie son déchire la bande. Plus rien ! Brouhaha !

Le Préfet Landouzy qui était à deux rangées devant moi se retourne et me dit « Vous avez votre texte ?

– Oui.

– Venez au micro et donnez-le tel quel ! »

Croyez-moi, cela n’a pas été facile de reprendre le texte pour recréer l’ambiance. Mais au bout de quelques secondes, le public était attentif. « Au printemps de nos îles ». Printemps qui n’a pas fini de venir, de fleurir pour porter du fruit, de génération en génération. Après la célébration, le Préfet me confie : « Ce n’est pas plus mauvais comme ça. Cela montre que dans nos îles, nous sommes tous égaux. Il peut y avoir des accidents, des faiblesses chez les uns et chez les autres. On organise les Jeux mais il ne faut pas qu’on se prenne pour les meilleurs ! » Le baron Pierre de Coubertin, fondateur des Jeux Olympiques modernes nous imprégnait de son souffle.


Au printemps de nos îles

Voici la flamme
Flamme vibrante et chaude
Venue du fond des âges.
La voici
Comme la victoire
Du savoir-faire des hommes
Sur les ténèbres de la nuit.
 
De relais en relais
A travers les âges de l’histoire
C’est toujours la longue marche
Où les cœurs cherchent la lumière.
Aux saisons de la vie
Et sur les champs de la misère
Les oranges sont amères.
 
Mais un instant, peu importe les épines
Quand la fête fait vibrer les cœurs à l’unisson.
L’ivresse de l’amour ouvre la cage aux oiseaux
Les ballons d’enfants s’envoleront
Comme les colombes de la paix.
 
Au printemps de nos îles
S’allument des brasiers de jeunesse
Comme un vent de fraîcheur.
Et voici nos îles
Iles qui entrent dans la ronde
De la rose des vents
Iles flammes qui dansent sur les flots.
 
Chante la flamme et danse la vie
C’est la fête.
 
C’est la fête pour la terre et pour le feu
C’est la fête pour l’eau et pour le vent.
Au rythme de la grâce et de la beauté
Au rythme de la souplesse et de la force
C’est la course des garçons et des filles
Qui feront la cour aux cieux nouveaux
Et à la terre nouvelle.
 
C’est ainsi que par-dessus les frontières
Nos îles se donnent la main.
Nos peuples dont les races sont enfantées
De mille races
Trouveront les plages du ciel indien
Où tout peuple sera frère
Des autres peuples.
 
Oh ! Que toujours à la cime des mâts
Les couleurs de nos drapeaux déploient
L’arc-en-ciel des alliances oriflammes
Et voici que blottis dans l’anneau du stade
Nous nous trouvons au coude à coude
Au cœur à cœur, comme pour une même chanson
Comme pour une même prière.
 
Notre chanson qui n’a pas de frontière
Va plus loin que l’horizon
Et que monte une symphonie
Dont l’âme touche chaque cœur
Dans ce qu’il a de plus cher
Et de plus sacré.
 
Chante
Chante-la ta vie
Et si tu veux je chanterai avec toi !
Danse
Danse-la ta vie
Et près de toi
Je ferai les mêmes pas.

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