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« Venez à moi… car je suis doux et humble de cœur »

La messe chrismale, qui avait dû être reportée en raison du confinement, a finalement été célébrée vendredi dernier en l’église du Saint Esprit. Voici l’homélie prononcée par Monseigneur Gilbert Aubry.

Article mis en ligne le 23 juin 2020

par Centre diocésain d’information

Chers frères prêtres,
Chers frères diacres,
Chers frères et sœurs en Jésus-Christ,

« Venez à moi vous tous qui peinez sous le fardeau (…) Prenez sur vous mon joug car je suis doux et humble de cœur et vous trouverez le repos pour vos âmes. » (Mth 21, 25 à 30)

Normalement, tous les ans, la messe chrismale est articulée avec l’institution de l’Eucharistie, le jeudi saint. Cette année, dans le diocèse, nous la célébrons en la fête du Sacré-Cœur de Jésus. Nous la célébrons en presbyterium autour de l’évêque. Chacun de nous, nous tous ensemble, nous sommes déconfinés de notre état d’ermite que nous avons assumé pendant trois mois durant cette épidémie Covid-19.

Dans ma « Lettre à toi mon frère prêtre », le jeudi saint, je t’ai invité personnellement et je vous ai tous invités à vivre l’impossibilité de célébrer la messe en communauté et par la communauté rassemblée autour de son pasteur comme un appel et une soif de l’Eucharistie qui construit l’Église. Nous avons pu mettre à profit ce temps de solitude pour un temps d’intériorité plus profonde avec Jésus, notre Maître et Seigneur, pour une relecture de notre vie, du plus lointain de la mémoire jusqu’à aujourd’hui, dans la miséricorde de Dieu.

Dieu ne nous a pas choisis pour nos qualités qui sont toujours à développer, pour nos talents au service de la mission. Il connait nos faiblesses, nos défauts, nos péchés. Il connait surtout ton cœur. Aujourd’hui encore, il te fait confiance. Il a confiance en toi. Ses paroles résonnent en toi maintenant : c’est moi Jésus qui t’ai choisi pour que tu sois mon ami. Je t’ai choisi et institué avec tes frères prêtres et tes frères évêques pour que « vous alliez et que vous portiez du fruit et un fruit qui demeure » (cf. Jn 15, 16). Je t’ai choisi pour que tu sois au cœur à cœur avec moi afin d’être au cœur à cœur avec tes autres frères prêtres au service de la mission de l’Église afin que tous connaissent de quel amour ils sont aimés par mon Père et votre Père, par notre Père qui est aux cieux, sur terre et en tous lieux.

Nous ne pouvons pas ramener la connaissance du cœur de Jésus aux images que l’on peut en faire, si belles soient-elles selon les diverses sensibilités culturelles. Toutes ces images nous renvoient au cœur même de Jésus. En langue française, le mot cœur évoque la vie affective, les sentiments d’amitié, d’amour. Parfois les amoureux gravent leurs cœurs enlacés sur l’écorce des arbres ou des bambous. Le psalmiste, lui, dans le psaume 33, 11, évoque les pensées du « cœur de Dieu » lui-même. C’est-à-dire « son plan de salut qui subsiste d’âge en âge ». Et Jésus, Jésus dont le nom veut dire sauveur, est lui-même le salut offert aux hommes. Son nom est gravé dans nos cœurs.

Le cœur de Jésus n’est pas un cœur endurci ni un cœur rabougri. C’est un cœur transpercé par le Mal mais un cœur qui a vaincu le Mal et notre péché. Dans son corps crucifié. Cloué sur la croix. Mais maintenant, nous ne pouvons pas séparer le cœur vivant du Christ de son corps vivant. C’est un cœur glorieux dans un corps de ressuscité. Un cœur rayonnant d’amour, un amour d’une ouverture, d’une largeur et d’une profondeur immense qui fait palpiter chaque cœur humain de sa vie à lui et jusqu’aux étoiles, jusqu’aux confins de tous les univers. C’est un cœur cosmique parce qu’il est le cœur du Verbe de Vie fait chair par qui le Père fait tout exister et sans qui rien ne pourrait exister. C’est un cœur qui veut vaincre le mal en nous par la puissance de l’Esprit. Mais nous sommes tous des rebelles qui avons besoin que Dieu mette sa loi au fond de notre être et l’écrive sur notre cœur (cf. Jr 31, 33). Et Dieu fait par Jésus ce qu’il avait promis à travers Ezéquiel : « Je vous purifierai et je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous en esprit nouveau : j’ôterai de votre chair votre cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair » (Ez 36, 25 sq).

Le cœur de Jésus est un cœur qui va jusqu’au bout de l’amour. Saint Jean nous le dit aujourd’hui dans sa première épître : « Voici en quoi consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu mais c’est Lui qui nous a aimés et il nous a envoyé son fils en sacrifice de pardon pour nos péchés » (cf. Jn 4, 7 à 16). « … ce cœur qui a tant aimé les hommes » se donne en nourriture jusqu’à la fin des temps. Sacrifice et banquet eucharistique : « … ceci est mon corps livré pour vous ». « … ceci est la coupe de mon sang, le sang de l’alliance nouvelle et éternelle versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés. Vous ferez cela en mémoire de moi ».

Le sens de l’orientation

Et voici que par ses mains de prêtre, avec son cœur au cœur à cœur avec le cœur du Christ, le prêtre agissant en la personne du Christ, en communion avec toute la communauté convoquée et rassemblée, transforme « le fruit de la terre et du travail des hommes » en corps mystique du Christ. Ah si tous les prêtres, si tous les chrétiens, nous avions conscience de ce qui se joue dramatiquement au cœur d’une eucharistie, la face de notre société serait changée, la face de La Réunion serait changée, la face du monde serait changée ! « Allez dans la paix du Christ ». Le monde, dans son activité frénétique, perd souvent le sens de l’orientation (cf. card. Sarah, Des profondeurs de nos cœurs, p. 149). Le prêtre, les prêtres sont là, avec toute l’Église pour porter le Christ et son Évangile aux hommes, pour donner le sens de l’orientation vers « les cieux nouveaux et la terre nouvelle » (cf. 2 P 3, 13). Nous sommes baptisés et envoyés en mission pour la gloire de Dieu et la sanctification du monde.

Dans un livre récent intitulé D’un amour brûlant, un prêtre du diocèse de Paris, (Michel-Marie Zanotti-Sorkine), dans sa méditation, fait parler le Christ. Et Jésus nous dit : « Je prie d’ailleurs en ce moment pour que mon Église ne perde jamais de vue mes critères d’appel ; ils sont simples (comme les apôtres) comme les hommes que j’ai choisis. Elle doit surtout compter dans ses rangs des travailleurs acharnés, des courageux, des boute-en-train, des sensibles, des pétillants, des humbles en qui n’effleurera jamais l’idée et encore moins le goût pour la carrière ecclésiastique, des tolérants, des amoureux du monde dans lequel ils devront s’immerger, des gens qui se risquent loin de la bien-pensance mondaine, des bienveillants qui ne jugent personne surtout pas du haut de leur inexpérience, des souples d’esprit, des généreux, des magnanimes, des imprudents, des insouciants, des pécheurs, des tentés qui ont aimé au moins une fois dans leurs vies, car seulement ceux-ci comprendront le cœur humain » (p. 55).

« Des hommes, il me faut des hommes pour servir la cause de mon Père qui se joue bien évidemment sur l’autel de mes églises, dans les confessionnaux et les salles de catéchisme, mais aussi dans la rue. Des prêtres, des religieuses partout, sur les routes (mes fils diacres y sont déjà), dans les rues, dans les bistrots, dans les écoles, dans les magasins, dans les théâtres, dans les cinémas, dans la vie quoi ! où se trame le destin de l’humanité. En outre, à part saint Jean que je n’ai jamais lâché d’un pouce, tous mes autres apôtres présentaient les impacts de l’âge mûr » (p. 56).

En ce jour de la fête du Sacré-Cœur de Jésus, l’Église prie pour la sanctification des prêtres, pour notre sanctification. L’année dernière, à l’occasion du 160e anniversaire de la mort du saint curé d’Ars, le 4 août, le pape François a adressé une lettre aux prêtres. Il nous écrivait sa gratitude : « Merci pour la joie avec laquelle vous avez su donner vos vies, révélant un cœur qui au cours des années, a lutté et lutte pour ne pas se rétrécir et s’aigrir mais pour être, au contraire, chaque jour, élargi par l’amour de Dieu et de son peuple, un cœur que le temps n’a pas rendu aigre mais a bonifié toujours davantage comme le bon vin car « éternel est sa miséricorde ».

Le Pape François souhaitait à chacun de nous (je résume) :

  • Un cœur miséricordieux capable de « révéler le cœur miséricordieux du Père qui relève chacun de ses fils tombés et l’appelle à la joie du pardon ».
  • Un cœur compatissant qui se laisse émouvoir jusqu’aux entrailles pour accueillir les personnes tombées, donner de la chaleur à leurs cœurs en manifestant tendresse et compassion comme le samaritain de la parabole (cf. Lc 10, 25… 37).
  • Un cœur vigilant qui laisse de côté le ressentiment et l’animosité pour nous laisser émouvoir par ce qui se passe autour de nous et par le cri de la Parole vivante et efficace du Ressuscité.
  • Un cœur courageux : ne pas négliger ses deux liens constitutifs de notre identité
    • le lien avec Jésus
    • le lien avec notre peuple qui connait des difficultés et qui a besoin d’espérance

Cher frère prêtre, avec le pape François, je te dis merci pour ta vie toute donnée au Christ, à la mission universelle de l’Église, à notre peuple. A chacun de vous, je souhaite un cœur plein de gratitude pour le choix de Dieu sur nous, un cœur miséricordieux, un cœur compatissant, vigilant et courageux. A tous ensemble, je souhaite « un seul cœur et une seule âme » (Act. 4,32) pour la mission.

Je souhaite à chacun de vous une intimité de plus en plus profonde avec le Christ tout au long des jours et tout au long des nuits. Je vous souhaite une communion des sentiments, de la volonté et donc également de l’action avec Jésus-Christ qui nous appelle ses amis. Bonne fête du sacerdoce.

Monseigneur Gilbert Aubry


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