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« Merci, Thomas, d’avoir été celui qui doute »
Article mis en ligne le 20 avril 2020

par Centre diocésain d’information

Retrouvez ici l’homélie du père Sébastien Vaast sj, prononcée lors de la messe du 2e dimanche de Pâques, Dimanche de la Divine Miséricorde, retransmise sur Réunion 1re.

Il est un personnage, dans l’Évangile, envers qui nous pouvons avoir beaucoup de reconnaissance, un personnage qui nous réconforte dans nos incertitudes : il s’agit de l’apôtre Thomas. S’il n’avait pas été là, il manquerait quelque chose à cette merveilleuse histoire de résurrection, tellement belle que les hommes ont du mal à y croire. Que manquerait-il ? Il y manquerait quelqu’un, quelqu’un qui nous représenterait. Quelqu’un en qui nous pourrions nous reconnaître. Quelqu’un de « normal » : quelqu’un qui n’arrive pas à y croire. In moune i pran pas toute sak i brille pou de l’or. Quelqu’un à qui « on ne la fait pas », et qui n’a pas peur de mettre les pieds dans le plat. Quelqu’un qui n’a pas peur de mettre le doigt dans la plaie. Quelqu’un qui n’a pas peur d’appuyer là où ça fait mal…

Parce que, reconnaissons-le, en effet, cette histoire de résurrection de Jésus, ça nous dérange quelque part. C’est tellement invraisemblable ! N’aurait-il pas été plus simple en effet, si Jésus s’était contenté d’un petit bonjour à ses disciples, en passant, en vitesse, juste avant de remonter vers son Père… On aurait dit : « Ils ont eu une apparition, une vision... Après tout, une vision, ce n’est pas très important. Beaucoup de saints ont eu des visions, de saintes visions, des visions qui font du bien. Mais on ne va pas en faire toute une histoire ! On ne va pas en faire l’objet d’un credo ! Une vision, on ne va pas en faire une question de foi ! Mais non voyons, ce qui compte, c’est ce que Jésus a dit, ce qu’il a fait, ce qu’il a été durant sa vie terrestre, avant de mourir : ce signe d’amour extraordinaire qu’il a été, cette sagesse inouïe dans ses paroles, cette générosité unique qui a été jusqu’à donner sa vie pour nous ! Il est mort mais son esprit continue, son esprit est vivant. Cela suffisait largement pour fonder le christianisme ! » C’est bien ce que suggèrent, un certain nombre de livres ou de films.

Eh bien non, mes frères et sœurs, cela ne suffisait pas. Il fallait que Jésus ait réellement traversé la mort ; qu’il fût réellement entré dans la mort et réellement sorti de la mort, pour nous montrer que la vie est plus forte que la mort, que l’amour est plus fort que la haine, que le pardon est plus fort que la violence.
Et Thomas veut s’assurer que la vision du ressuscité n’est pas une hallucination ou une compensation imaginaire qui aurait pu monter dans l’esprit des disciples déçus, déprimés et probablement assez honteux de ce qui s’est passé. Thomas veut être sûr qu’il rencontre, bien vivant, celui-là même qui revient de la mort. Le même, vraiment le même qui a été crucifié et que tous les disciples ont abandonné.

Et cette certitude que c’est bien lui, Jésus, comment l’obtiendra-t-il ? Il ne l’obtiendra pas sur la couleur de ses yeux ou sa coupe de cheveux, mais par la trace de ce qu’ils ont vécu ensemble de plus intime : la marque de la crucifixion, la blessure des clous dans les mains, et le trou de la lance au côté.

Alors, merci Thomas d’avoir été là, pour être le témoin qui doute jusqu’à vouloir toucher. Merci d’avoir posé la question qui fâche. Merci d’avoir été le trouble-fête au milieu des disciples tellement stupéfaits qu’ils n’osent pas poser de questions. Grâce à toi et au cas où nous ne l’aurions pas compris plus tôt, le Christ ressuscité ne peut pas être pour nous une simple hallucination, une vision ou un esprit. Il est vraiment ressuscité !

Alors si nous avons imité Thomas dans ses doutes, puissions-nous aussi l’imiter dans sa foi. Soyons donc des Thomas jusqu’au bout. Car Thomas est un jumeau, nous précise l’évangéliste. Mais un jumeau de qui ? Peut-être de chacun d’entre nous. Nous sommes tous invités à lui ressembler de manière à pouvoir, nous aussi, nous adresser au Christ ressuscité, et lui dire à la suite de Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu ». Car quel écart entre cette acclamation émerveillée et la vérification que demandait Thomas avant la rencontre ! Oui, il a douté, mais sa foi est si grande maintenant qu’il donne à Jésus le titre le plus beau et le plus fort de tous les évangiles : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». L’expérience de foi lui a fait franchir cet écart et l’a amené devant Dieu lui-même. La foi n’est jamais à la hauteur des preuves et des assurances que nous recherchons. La foi nous toujours fait aller au-delà, et bien plus loin que ce que nous demandons. La foi nous amène en présence du Dieu vivant. La foi nous ouvre à la joie. C’est pourquoi Jésus dit : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ». Non pas heureux les crédules à qui l’on fait croire ce que l’on veut. Mais heureux ceux chez qui la confiance et le consentement ont creusé profond, ont travaillé le cœur et l’intelligence et ont traversé tout leur être pour jaillir dans la profession de foi : « Mon Seigneur et mon Dieu. »

Ainsi donc frères et sœurs, ne cherchons pas à expliquer la résurrection, mais acceptons de faire l’expérience du Christ ressuscité dans le quotidien nos vies. Demandons au Seigneur la grâce de fortifier notre foi en sa résurrection. Ainsi, tous nos doutes étant traversés, nous pourrons, nous aussi, proclamer devant le Christ du matin de Pâques : « Mon Seigneur et mon Dieu, Mon Jésus mon BonDié. »


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