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Les « gilets jaunes » et les casseurs, causes et remèdes ?
Article mis en ligne le 21 novembre 2018

par Mgr Gilbert Aubry

Les événements sociaux que nous connaissons se sont développés sur une situation de précarité et dans une escalade de taxes, de mesures qui a engendré des incompréhensions, de la colère, de la révolte : suppression des emplois aidés, question de l’allocation logement, coup de rabot sur les retraites, taxes sur le gasoil. Nous avons 40% de notre population qui vit au-dessous du seuil de pauvreté et nous connaissons 24% de chômage. Certains disent qu’ils n’ont plus rien à manger à la fin du mois. C’est la réalité.

Nous ne pouvons pas parler des jeunes de manière générale et dire « les jeunes ont organisé les émeutes ». Les casseurs sont des éléments incontrôlables et des agitateurs qui profitent d’une situation trouble. La grande majorité de ceux que nous appelons les jeunes ne sont pas des « casseurs ». Ils aspirent à être reconnus, ne veulent pas être formatés, ils veulent vivre connectés pour bâtir une civilisation de l’amour. Amour interpersonnel, conjugal, familial, social, économique et politique. Avoir les moyens de vivre et de faire vivre. Dans la période que nous traversons, la famille, les familles constituent un socle fondamental pour l’avenir de la société. Et que les enfants et les jeunes ne soient pas livrés à eux-mêmes, surtout en période de désarroi.

Les « gilets jaunes » ont suscité un élan populaire qui exprime des doléances même si certains aspects de ces doléances paraissent contradictoires. On veut plus d’argent parce que la vie est chère. Normal. Mais qu’est-ce qui apparaît comme idéal ? La société de consommation exacerbée par la publicité. Comme les rêves miroités ne peuvent pas se réaliser, il n’y a plus rien à perdre. Les casseurs, eux, vont s’attaquer aux symboles de cette société de consommation : voitures et temples de la consommation. Consommations d’alcool à l’appui. L’économie de l’île est mise à mal : les petits artisans n’arrivent plus à vendre, les avions vont faire le plein à l’île Maurice… L’image touristique de l’île prend un mauvais coup. Nous condamnons les violences destructrices, les émeutes et ce faisant, il nous faut rechercher les causes de ces violences ainsi que les remèdes nécessaires.

Il y a, dans le peuple, une aspiration fondamentale à vivre en sûreté et en paix. Une espérance à autre chose avec l’intuition d’une société humaine à construire. Les mouvements spontanés des « gilets jaunes » n’ont pas de référent. Cela a compliqué la situation. La démocratie directe est impossible mais la démocratie doit être participative pour construire une même communauté de destin. Et il appartient à la fonction politique, à travers les hommes et les femmes qui ont été validés, élus par le peuple d’être à l’écoute de celui-ci grâce notamment aux associations, aux syndicats et aux acteurs socio-économiques. Il faut les rapprocher et les mettre tous ensemble. D’une manière ou d’une autre, il y a nécessité d’enregistrer les doléances à la base, les classer, les analyser, établir des priorités. Dégager une trajectoire d’avenir pour le territoire de La Réunion avec ses micro-régions. Le CESER a déjà réalisé des études importantes là-dessus.

Pourquoi ne pas constituer aussi une « Conférence Territoriale » qui serait composée des présidents des deux collectivités (Conseil Régional, Conseil Départemental), des représentants des maires, des parlementaires ? Cette idée était déjà dans l’air, il y a quelques années. Cette Conférence fonctionnerait régulièrement selon un calendrier défini. Il est nécessaire de laisser de côté les égos politiciens et les luttes partisanes pour faire ensemble de la politique au service du bien commun, dans le respect des légitimes diversités. Il appartient au président de Région d’être le catalyseur pour la définition et le pilotage d’un « projet Réunion » au cœur de l’Indianocéanie, tout en étant Région ultrapériphérique de l’Europe.

En tant que croyant chrétien et évêque, je fais mienne la prière suivante et je vous l’offre. Cette prière est dite « au milieu » de chaque jour par les prêtres :
« Éteins la flamme du péché
Et les ardeurs de la colère
Emplis nos cœurs de ton amour
Et que ta paix nous réunisse. »