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Homélie de la solennité de l’Ascension : «  L’ascension dans les cieux, vocation de l’Église entière  »
Article mis en ligne le 22 mai 2020

par Centre diocésain d’information

« Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le royaume pour Israël ? » Décidément les disciples sont toujours aussi paumés, ils n’ont toujours pas compris ce qui se passe… et il faut croire qu’ils y tiennent, à ce royaume, un royaume bien de ce monde dans lequel chacun des onze rêve jusqu’au dernier moment d’occuper les places d’honneur. Mais rien de tout cela ne se produira. Sur le sommet du Mont des oliviers, le Christ ressuscité bénit les apôtres une dernière fois et puis il s’élève, ciao. Il nous a révélé durant sa vie terrestre combien l’amour de Dieu pour les hommes était grand et intense. Maintenant c’est fini, sa révélation est achevée. Il est élevé dans les cieux. Et pour les disciples, c’est une autre ascension qui commence, car Jésus vient d’ouvrir un passage. Et là où il est passé lui, la tête, le corps maintenant doit suivre. Au fond, l’ascension dans les cieux, c’est notre vocation à nous aussi, c’est la vocation de l’Église entière.

Ah ! mais les cieux, beaucoup les imaginent comme un lieu confiné, au fin fond de l’univers, où Dieu aurait établi sa résidence. Pourtant aucun cosmonaute n’a jamais vu Dieu en tournant là-haut ! C’est normal, car il n’y a pas d’un côté le Christ au ciel et de l’autre nous sur la terre, comme si chacun était seul chez soi. À l’Ascension, le Christ ne s’évade pas de notre monde et des réalités qui sont les nôtres. Non, Dieu n’est pas en dehors de nous, (« je serai avec vous tous les jours jusqu’à la fin »), dit Jésus, son lieu de résidence est donc en nous. Ton cœur et celui de tes frères est le sanctuaire où Jésus demeure. C’est là qu’il désire qu’on respire sa vie, la vraie vie, à pleins poumons.

Jésus passe donc du présentiel au distanciel, de la proximité à la distance, mais curieusement cette distanciation le rend plus que jamais présent à chaque instant en chacun, grâce à l’Esprit Saint ! « Il vaut mieux pour vous que je m’en aille, dit Jésus, car si je ne m’en vais pas le Défenseur ne viendra pas à vous. »

Alors, plus question de rester à regarder le ciel, le nez en l’air et la bouche bée, déconcerté par son départ. Non, il s’agit, de recevoir une force, celle de l’Esprit Saint promis par Jésus.

Alors avec Marie, les apôtres se rassemblent au Cénacle, et la première neuvaine de l’Église commence. Tous prient pour demander l’Esprit-Saint. Ils en auront besoin car le Christ ne leur lègue rien de fabuleux. Aucune église déjà élevée, aucune organisation avec pignon sur rue, aucun livre imprimé, ni homélie déjà rédigée.

Non, avec la force de l’Esprit, ils devront rejoindre les hommes et les femmes de toutes nations, de toutes cultures, de tous âges. Ils auront tout à inventer pour les entraîner, les encourager, les soutenir dans leur vocation à l’ascension.

Car ils devront par eux-mêmes bâtir la civilisation chrétienne en se souvenant de tout ce qu’ils ont vu et entendu. Par eux-mêmes, ils devront écrire l’Évangile sur des pages encore vierges. Par eux-mêmes, ils devront diffuser la Bonne Nouvelle jusqu’aux limites du monde. Vaste programme et lourde responsabilité ! C’est toute la mission de l’Église qu’il leur faut inventer. Ce sont les missionnaires zéro de la Bonne Nouvelle. Avec eux commence la contamination heureuse, la contamination qui donne la pêche !

Et quand on connaît les apôtres, et quand on se connait soi-même, on se dit que c’est pas gagné, et que Dieu est fou de nous confier tout ça ! Mais à vrai dire, ils ne seront pas seuls à porter l’avenir du salut. C’est inspirés et soutenus par l’Esprit-Saint, qu’ils raconteront la vie de Jésus, son attention aux malades, aux pauvres et aux pécheurs. C’est inspirés et soutenus par l’Esprit-Saint qu’ils proclameront sa mort et sa résurrection. C’est inspiré et soutenus par l’Esprit-Saint qu’ils forgeront les sacrements, signes de l’amour du Père. C’est inspiré et soutenus par l’Esprit-Saint qu’ils se mettront au service de chacun à la manière de Jésus, et qu’ils répandront une culture d’ascension.

Quand tu aides un enfant à faire ses premiers pas ou que tu le remets debout quand il est tombé et qu’il pleure, tu soutiens sa vocation à l’ascension.

Quand tu aides un jeune dans son parcours scolaire, ou professionnel, en lui transmettant des savoirs et des connaissances, tu soutiens sa vocation à l’ascension.

Dans une époque où l’on nous dit que l’ascenseur social est en panne, quand tu décides de défendre les plus faibles, les plus meurtris, quand tu ne laisses pas les corps malades à l’abandon mais que tu prends soin de leur santé, tu soutiens la vocation de tous à l’ascension.

Quand tu aides toute personne à développer ce qui l’habite et la fait vibrer, à cultiver ses talents, à devenir actrice de sa vie et de la vie de la cité, tu soutiens sa vocation à l’ascension.

Et nous, à chaque eucharistie, que faisons-nous sinon recevoir le Christ qui nous relève et nous élève au sommet de l’Ascension. Pour nous porter jusqu’à ce sommet, je n’ai rien trouvé de plus fort, de plus intense, que l’énergie de Jésus. Cette énergie, c’est son amour qui nous hisse avec lui jusqu’au Père.

Alors oui, l’ascension concerne chacun, chacune d’entre nous. L’ascension nous invite à prendre de la hauteur. Prendre de la hauteur, c’est-à-dire changer son regard sur la vie et sur son déroulement. Regarder avec le regard de Dieu. Prendre de la hauteur, c’est discerner l’essentiel au-delà de l’urgence. C’est éviter de vouloir tout maÎtriser, c’est oser lâcher prise, ne pas être dans le contrôle, sortir de soi pour être au service de l’autre, en laissant la place à l’Autre, avec un grand A.

Prendre de la hauteur, c’est finalement découvrir le paradoxe de toute relation d’amour vécue en vérité. Et le paradoxe, le voici : plus nous aimons quelqu’un, plus nous nous sentons proches, liés, et dépendant de lui. Mais plus nous voulons l’aimer, plus il nous faut chercher et trouver la juste distance. Car aimer c’est vouloir l’autre debout, libre, délivré de tout esclavage, autonome, et heureux.

En ces temps troublés, puissions-nous frères et sœurs développer la vocation chrétienne qui n’a qu’un seul but : l’ascension de tout homme.


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